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Bio > Suspendre l’émotion du model.

Comme un cyclope, une créature à œil unique, le photographe observe son [1].Celui-ci et celui-là cherche la bonne pose pour se plaire. Lorsque la mesure de la lumière est faite et l’esthétisme des formes partagé, il ne reste plus que l’émotion à suspendre. Quand l’atelier en est quelque fois saturée, les images seront faciles ; le photographe et son modèle ne seront pas fatigués, la séance sera facile. Mais bien souvent, pour le photographe, le chalenge est incertain et difficile. La question est alors : comment suspendre cette émotion et comment faire pour qu’elle continue d’exister au delà du mouvement que la photo fige ? Et ma réponse suis son fil : et bien, comme une balle que l’on jette en l’air, il se passe un moment où celle ci reste immobile avant de retomber. Si l’on photographie cette balle à ce moment précis, l’on ne pourra décider ni de l’avant ni de l’après. On aura un instant immobile ou tout peut se jouer. En photo avec un modèle, on retrouve le même phénomène. L’expression du modèle monte, monte encore, et est suspendue un infime instant avant de retomber. C’est à ce moment que s’opère le shoot. C’est le souffle dans le regard ou la mimique qui jouera l’apesanteur. Le mouvement corporel n’est qu’un apparat esthétique fonction de l’époque, un alibi. La forme aura son heure de gloire, plus-tard, quand les temps auront changé, quand le spectateur aura l’émotion d’une époque révolue.Pour l’heure, dans l’atelier ce n’est pas le sujet. Lorsqu’il ne se passe rien, c’est souvent au photographe de provoquer l’instant. Il devra sortir de derrière son œil unique, pour apaiser et faire souffler le modèle qui est plein d’incertitudes. Une brève décontraction bien souvent peut suffire. Néanmoins le malaise du modèle peut aussi être une source d’expression. Le photographe doit faire appel à toute sa concentration et son attention pour ne pas manquer le rendez vous, qui ne dure souvent qu’une fraction de seconde. Quant au réalisme il est souvent obtenu dans la fixité du regard sur l’objectif. Le personnage acquiert ainsi une réalité commune, une vie, qui facilite l’identification du spectateur. On est au delà de la simple émotion esthétique pour rentrer dans une dimension psychologique.

[1] modèle


portrait Jonathan Abbou - réalisé par Emmanuel Flipo

morsure supsendue

Jonathan Abbou 2006©
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