Le petit monde de Otto - 65.7 ko

Bibliographie > Critiques Artpress

Artpress N° 241, Décembre 1998, Erotiques esquisses.

Ce recueil de photos, dont le sous-titre est intitulé Visions urbaines, a été conçu par le photographe lui-même, accompagné de textes d’Isabelle Le Charpentier. Comment recomposer l’espace et le mouvement, sans montage, sans "trafic", en evoquant des intérieurs clos et des extérieurs ? Le photographe met ses sujets en scène : jeunes filles à la nature morte, liseuses debout face à la fenêtre, clin d’oeil à Vermeer, mais aussi à Bellmer. Le propos érotique est traité sériellement. L’auteur intervient sur les négatifs avec des encres et des frottements pour moduler les fonds, les espaces et surtout la lumière. Les visions urbaines montrent des sorties de bouches de métro, des immeubles insolites, des lieux vides. Parfois, l’artiste a saisi des personnages morcelés, des intrusions réalistes dans l’intimité imaginaire. Dans une chambre, des fragments de poupées, une porte ouverte, un écran de téléviseur qui montre un corps, des lumières venues du dehors, des images extérieurs qui trouent la scène. La photographie, pour Jonathan Abbou, se doit de jouer sur les discordances entre le réel et la fiction, c’est à dire dans cet espace où il sagit de capter un moment imaginaire sans pour antant souscrire à aucune illusion. Toutes ces photos participent de l’histoire personnelle de leur auteur. Ce sont des récits. Les images se bousculent, elles vont vite, elles emportent avec elles le procédé. Si le photographe a ici tendance à trop vouloir montrer son savoir-faire, il n’en reste pas moins qu’il atteint, au travers de ses motifs aux caractères "simples", une incontestable maîtrise de son art. Jonathan Abbou est jeune et il mérite le coup d’oeil.

Patrick Amine

Art press N°270, Juillet-Août 2001, Fiction urbaine.

Jonathan Abbou avait publié un premier recueil intitulé Erotiques esquisses, en 1998. Et nous avions dit combien ces photographies étaient originales par leur facture. Elles mettaient en scène des intérieurs et des extérieurs qui se répondaient dans le même cadre où des jeunes filles aux natures mortes s’alanguissaient vivement en crevant l’image. Les photos sont toujours grattées, lacerées par une colorisation à l’écolline, sulfurisées, retouchées à la main et au coton. Ce deuxième volume auto-produit nous conduit vers Montreuil et les environs de Paris, shootés à l’Hasselblad, vomissant des images chiffonnées. C’est une dérive en image à laquelle nous convie l’auteur. Les filles sont, bien sûr, toujours présentes, posant au milieu de masques, momies, de mannequins aux allures de freaks, de ruelles de traviole, de portes ouvertes sur une désolation urbaine. Ce sont des images qu’auraient apprécié Jouhandeau ou Montherlant, ces arpenteurs de Paris. Le travail de la couleur, les contrastes, les modulations mettent en scène l’espace de la photographie et la perspective données aux corps érotisés. Les négatifs sont traité directement par les encres et les multiples frottements. On ne peut pas réaliser deux tirages identiques. Car chaque photo passe par la main de l’artiste qui improvise sur la matière première. Filles au tournesol, machine Underwood abandonnée, momie regardant une image de film porno sur un moniteur renversé sur le sol d’une allée "destroy". Et il y a aussi cette fille au masque à gaz dans une zone industrielle abandonnée qui dégage une impression intense. Une des expositions remarquables de cet artiste a été réalisée au Studio Simonis. On attend une nouvelle explosion de l’inspiration. Le texte du livre n’apporte rien à l’ensemble. Mais bravo !

Patrick Amine


Erotiques esquises, suivi de fiction urbaine - Parution : 1998
96 pages.
Photographies noires et blancs colorisées.
Prix 30 € frais de port inclus.

Fiction urbaine - Photographies noires et blancs colorisées
Parution : 2000
96 pages
prix 25 € frais de port inclus.

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